par Antoni Slodkowski et Liz Lee
Une ombre plane au-dessus des relations bilatérales entre les Etats-Unis et la Chine depuis que le président américain Donald Trump a demandé à reporter le sommet prévu ce mois-ci à Pékin avec son homologue chinois Xi Jinping, bien que cela ne devrait pas compromettre la trêve commerciale, selon des analystes.
La possibilité du report du sommet, annoncée lundi par la Maison blanche, montre à quel point l'opération américaine en Iran a bouleversé les priorités de Donald Trump en matière de politique étrangère, alors que s'ajoute aux discussions commerciales la question de Taïwan et du conflit au Moyen-Orient.
Cette demande de report met sur arrêt la refonte des relations bilatérales entre les deux puissances, alors même que Washington et Pékin venaient de conclure lundi à Paris des négociations commerciales cruciales.
Ces négociations faisaient suite à l'ouverture par Washington de nouvelles enquêtes sur les "pratiques commerciales déloyales" de nombreux pays, dont la Chine, et alors que la Cour suprême des États-Unis a invalidé les droits de douane mondiaux de Donald Trump le mois dernier.
"La situation n’est pas compromise, et Pékin souhaite toujours organiser le sommet, mais le conflit entre les États-Unis et l’Iran et la décision de la Cour suprême sur les politiques tarifaires ont compliqué ces efforts", a relevé Zhao Minghao, expert en relations internationales à l’université d’élite Fudan de Shanghai.
"Cela rend les interactions entre les États-Unis et la Chine plus difficiles cette année en raison de la 'guerre de choix' menée par Donald Trump en Iran."
Selon l'analyste, un report du sommet donnerait l'occasion aux Etats-Unis de prendre d’autres mesures commerciales.
"La Maison Blanche affirme qu’elle maintiendra sa politique tarifaire, mais il ne fait aucun doute que nous pourrions assister à de nouvelles incertitudes à cet égard, qui auront un impact sur les calculs de Pékin concernant ses relations avec les États-Unis", a-t-il déclaré.
Une source proche des négociations de Paris a déclaré à Reuters avant la deuxième journée de réunions que la Chine se montrait ouverte à d’éventuels achats supplémentaires de produits agricoles américains, notamment de volaille, de bœuf et de cultures autres que le soja.
Les deux parties ont également discuté des flux de minéraux de terres rares, largement contrôlés par la Chine, ainsi que de nouvelles approches pour gérer le commerce et les investissements entre les deux pays.
Le quotidien d'État China Daily a qualifié les négociations de "constructives" dans un éditorial publié mardi, mais a averti Donald Trump que "l'ouverture de Pékin ne devait pas être confondue avec une acquiescence".
"La partie américaine devrait s’abstenir de prendre toute nouvelle mesure susceptible de perturber ou de compromettre la stabilité des relations économiques sino-américaines. Les mesures qui introduisent de l’incertitude — qu’il s’agisse de droits de douane, de mesures restrictives ou d’enquêtes unilatérales — ont précisément cet effet", peut-on lire dans l’éditorial.
Ce sentiment s'appliquerait de la même manière à l'organisation du sommet, selon Alfred Wu, professeur à la Lee Kuan Yew School of Public Policy.
"Les fluctuations (dans les plans) ne sont pas idéales du point de vue de la Chine, qui souhaite en réalité quelque chose de plus prévisible", a-t-il déclaré.
MESSAGES CONTRADICTOIRES Les responsables américains ont envoyé des messages contradictoires quant à la raison de ce report. Dimanche, Donald Trump a déclaré au Financial Times britannique qu’il pourrait reporter la rencontre si la Chine ne contribuait pas à débloquer le détroit d’Ormuz.
Lundi, le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a déclaré que Donald Trump pourrait devoir reporter son voyage pour coordonner l'effort de guerre – et non en raison de la demande d'aide de la Chine pour surveiller le détroit ou de désaccords commerciaux.
Toutefois, malgré le possible report, la priorité pour les deux parties reste de maintenir des relations stables et de continuer à planifier une visite réussie, ont déclaré des analystes.
Ceux-ci ont ajouté que pour l'économie chinoise, qui dépend fortement des exportations, faire face à l'incertitude croissante de l'économie mondiale était la priorité numéro un.
"La priorité absolue de la Chine reste de maintenir des relations relativement stables avec les États-Unis afin de pouvoir continuer à se concentrer sur son renforcement interne en vue de la compétition stratégique à long terme qui s'annonce", a déclaré Patricia Kim, chercheuse en politique étrangère à la Brookings Institution.
Selon cette dernière, la Chine comprend que satisfaire Donald Trump est essentiel pour gérer les relations bilatérales. Pékin accueillerait tout de même Donald Trump s'il venait à maintenir son voyage, même si son accueil pourrait ne pas être aussi fastueux en raison de la guerre que mènent les Etats-Unis en Iran, un partenaire stratégique de Pékin.
"Trump est préoccupé par une guerre en Iran qui ne s’est pas résolue aussi rapidement que prévu, il tient donc à s’assurer que les répercussions militaires et économiques de ce conflit soient maîtrisées d’ici les deux prochaines semaines environ", a déclaré Neil Thomas, chercheur en politique chinoise à l’Asia Society.
"Cela signifie qu’il est pratiquement impossible de planifier une visite réussie à Pékin", a-t-il ajouté.
"Du point de vue de la Chine, Pékin s’inquiète beaucoup du manque de préparation du côté américain pour le sommet ; les décideurs politiques chinois ne verraient donc pas d’inconvénient à disposer de quelques semaines supplémentaires pour préparer une visite plus substantielle."
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a fait écho à ce sentiment lundi lorsqu’il a été interrogé sur les propos tenus par Donald Trump ce week-end. "
La diplomatie entre chefs d’État joue un rôle irremplaçable dans l’orientation stratégique des relations sino-américaines", a-t-il déclaré.
Les discussions se poursuivent concernant le calendrier de ce voyage, a indiqué Lin Jian lors d’un point presse mardi.
(Rédigé par Antoni Slodkowski et Liz Lee, avec Laurie Chen; version française Etienne Breban, édité par Augustin Turpin)

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